Le synonyme d’ipséité le plus proche est « soi », ou « le soi », suivi d’« individualité » et, dans un registre savant, d’« eccéité ». En anglais, le mot garde sa forme : « ipseity ». Ces mots restent des équivalents approchés, et celui qui ressemble le plus à ipséité, la « mêmeté », désigne chez Paul Ricœur une autre idée.
Les synonymes d’ipséité en une liste
La fiche de l’Office québécois de la langue française définit l’ipséité comme le fait qu’un individu est lui-même et se distingue de tout autre. Elle range eccéité et individualité parmi les termes apparentés. Voici les mots qui peuvent la remplacer, avec leur sens propre :
- Soi ou soi-même : le rapport qu’une personne entretient avec elle-même, au plus près du sens d’ipséité.
- Individualité : ce qui distingue une personne des autres.
- Singularité : le caractère unique, sans l’idée de réflexion sur soi.
- Eccéité : le fait d’être « ceci » et non autre chose, terme de philosophie réservé aux textes savants.
- Identité personnelle : le terme le plus courant, mais aussi le plus vague.
- Ipseity : l’équivalent anglais donné par la fiche de l’Office.
Cette famille de mots s’explique par l’origine latine d’ipséité, qui vient de ipse, « soi-même ». Pour la définition complète du terme, on peut lire cette explication détaillée de l’ipséité.
Soi, individualité, singularité : les équivalents courants
Chacun de ces mots garde une partie du sens et en perd une autre. « Soi » conserve l’idée d’un rapport à soi-même : c’est le meilleur choix quand le texte parle de conscience de soi ou de ce qui fait qu’une personne reste elle-même.
« Individualité » insiste sur la différence avec autrui. La phrase « l’ipséité d’un sujet » se laisse remplacer par « l’individualité d’un sujet » quand on veut dire que ce sujet ne ressemble à aucun autre. Elle ne convient plus quand le propos porte sur la manière dont une personne se reconnaît elle-même.
« Singularité » va encore moins loin : elle dit seulement que quelque chose est unique, sans rien dire du sujet qui s’en rend compte. Remplacer ipséité par singularité dans une analyse du sujet revient donc à perdre la dimension réflexive du mot.

Eccéité, un synonyme savant à manier avec prudence
L’eccéité vient du latin ecce, « ceci ». Le mot appartient à la scolastique et à la philosophie : il désigne la singularité propre à tout ce qui existe dans le temps et dans l’espace.
La différence avec l’ipséité tient à l’étendue. L’eccéité s’applique à n’importe quelle chose, une pierre ou un tableau aussi bien qu’une personne. L’ipséité, elle, touche l’individualité proprement humaine, celle d’un sujet qui peut dire « moi ».
Utiliser eccéité comme synonyme se défend quand le texte parle de l’unicité en général. C’est un contresens quand il s’agit d’un sujet qui se pense lui-même : le mot ferait alors de la personne un objet parmi d’autres.
Ipséité et mêmeté : la distinction de Paul Ricœur
La mêmeté est le faux ami du sujet. Dans Soi-même comme un autre (1990), Ricœur prend pour guide deux visages de l’identité : l’identité-mêmeté et l’identité-ipséité. La première renvoie à ce qui reste le même, la seconde au soi.
Pour Ricœur, ces deux visages s’entrecroisent au niveau de l’identité narrative, celle qu’une personne se donne en racontant sa vie. Il écrit aussi que l’altérité ne s’ajoute pas du dehors au sujet, mais qu’elle est constitutive de son ipséité même. Cette idée a nourri bien des réflexions d’essayistes, comme le montre ce texte sur le rôle de l’essayiste dans la pensée contemporaine.
La conséquence pratique est simple : identité personnelle ne remplace pas ipséité dès que le texte s’appuie sur cette distinction. Le mot « identité » mélange alors les deux visages que Ricœur sépare.
Quel mot choisir selon le texte
Le bon synonyme dépend du lecteur visé. Dans une copie de philosophie, le mieux est de garder « ipséité » et de le définir dès sa première apparition, avec une référence à Ricœur si le cours l’a étudié.
Dans un texte de psychologie ou de développement personnel, « conscience de soi » ou « sentiment d’identité » passent mieux. Dans un texte grand public, « individualité » ou la tournure « ce qui fait qu’on reste soi » se comprennent sans note.

Un exemple : « l’ipséité du personnage se construit au fil du roman » devient « le personnage se découvre lui-même au fil du roman » pour un lectorat large. Pour varier ses synonymes à l’écrit, la règle reste de ne remplacer un mot que si le sens survit à la substitution.
L’équivalent anglais : ipseity
Pour lire ou traduire un texte anglophone, la fiche de l’Office québécois de la langue française donne ipseity comme équivalent. Il s’agit d’un calque savant, qui s’emploie dans les mêmes contextes philosophiques que le mot français.
Un traducteur qui rencontre un autre mot, par exemple un terme courant sur le « soi », doit d’abord vérifier si l’auteur vise le sujet qui se reconnaît ou simplement l’individu. La réponse décide du synonyme français à retenir.
Aucun synonyme ne couvre tout le sens d’ipséité, et chaque choix déplace légèrement le propos. Le plus sûr est de garder le mot quand l’argument en dépend, et de le remplacer par « soi » ou « individualité » quand il ne sert qu’à nommer une idée générale.

